Dimanche, fin d'après-midi. Je passe chez moi rapidement après ma petite balade dans Yeswantpur. J'ai rendez-vous dans quelques minutes à l'autre bout du campus avec 4 français qui passent leurs derniers jours (dernières heures, même) ici.
CASL Ganesh (pour rappel, CASL est le nom de mon lab) met sa plus belle guirlande de fleurs, et moi, je met mon dothi (pour une fois, l'envie de m'habiller « traditionnel » l'emporte sur le risque de passer pour un imbécile, ce qui ne manquera pas d'arriver à vrai dire). A peine en retard au rendez-vous, nous voilà partis tous les 5.
Quelques minutes de marche plus loin (je ne cache pas ma difficulté à marcher avec mon dothi mal plié qui se défait tous les 100m, mais bon), nous arrivons à destination. L'ambiance est, comment dire ... pas vraiment ce que j'aurais attendu d'un festival, et à 100 lieux de mes souvenirs de 2001. Barrières, policiers de partout, ... il y a même quelques femmes agent de police, en sari kaki, si si !
Police, barrières, ...
En s'approchant un peu, on se fait siffler par un policier, il nous fait comprendre assez fermement que les fleurs sont interdites, et les jette négligemment dans une benne à ordures. Il n'y a encore presque personne, mais on sent déjà la pression, genre « circulez si vous voulez pas tâter du bâton ». Les organisateurs me prennent presque mon Ganesh des bras, mais non, il n'est pas prêt. On reviendra un peu plus tard. A ce point là, j'aurais eu envie d'écrire « Ganesh Festival tombe à l'eau » ...
On va se poser un peu plus loin en attendant la tombée de la nuit, les autres reviennent de vacances, ils ont pleins de trucs à raconter. J'ai apporté quelques sucreries indiennes pour mon Ganesh, mais comme d'habitude, on partage très volontiers. Le jour commence à faiblir, les guirlandes électrique dans les arbres s'éclairent, ... l'ambiance commence à devenir un peu plus chaleureuse.
J'avais aussi apporté de l'encens pour Ganesh, je fais brûler deux bâtonnets. Il n'a pas osé me le dire, mais je crois que CASL Ganesh s'est senti un peu ridicule avec seulement deux bâtonnets, alors que les indiens ont fait brûler de l'encens par paquets entiers pendant toute la soirée ensuite.
CASL Ganesh se prépare
Le long du trottoir, des dizaines d'autres Ganesh se préparent. Une dernière pooja avant de continuer la route. On fait brûler de la paraffine, de l'encens, on casse des noix de coco, on agite des clochettes, ... tout ça dans une ambiance assez incroyable : du monde de partout, ça crie, ça danse, des indiens nous donnent des offrandes à manger : bananes, noix de coco, une poudre sucrée à la cardamome (aucune idée du nom, mais c'est très bon), ...
Petit Ganesh et flammes
Mais ce n'est pas tout. Il y a les petits Ganeshs, mais les plus grands arrivent sur des camions, plus la nuit tombe, plus il y en a, ça n'arrête pas ! Il y a un équivalent de notre « Hip Hip Hip ... Hourra !!! », quelque chose comme « Sri Sri Vadya Ganapati Ké ... Jay ». « Sri » voulant dire « cher respecté ... », « Vadya » et « Ké » (même la phonétique est approximative, alors bon, de là à orthographier tout ça correctement, ...), à peut-près la même chose, et « Ganapati » étant un autre nom de Ganesh (il en a 108 au total !). On répond tous en coeur « Jay », qui est encore un autre nom de Ganesh je crois.
Déchargement
Mais quelle que soit la taille, même parcours. Une dernière pooja pour se préparer, les grands Ganesh étant en général accompagnés d'une multitude de plus petits, et de statuettes de Parvatî (sa môman). Voici à quoi ça peut ressembler :
Ganesh et bougies(8,2Mo)

Arrive un grand Ganesh que nous décidons de suivre :
Arrivée de gros Ganesh
Après la pooja habituelle, nous sommes portés par la foule, on passe le portail, et on arrive à côté de cette espèce de piscine. Elle a été construite pour l'occasion à côté du « Sankey Tank », le lac à côté de l'institut. Il y a la même à côté d'Ulsor Lake. En 2001, tout ça n'était pas aussi organisé, les indiens allaient directement dans les lacs, mais les autorités locale essayent de rendre la chose un peu plus organisée (oui, c'est un gros mot ici, mais bon).
L'immersion commence
Voilà donc notre ami Ganesh qui se trempe les pieds dans l'eau, jusqu'à y rentrer complêtement. Tous les Ganesh finiront immergés de la même manière. Normalement, il faut tremper l'idole trois fois dans l'eau avant de l'immerger en entier, mais pour les gros qu'il faut porter à plusieurs, on fait comme on peut.
Bloub, bloub !
Et voilà, ce Ganesh là a terminé son apparition dans notre monde, il reviendra l'année prochaine. Mais tenez, en voilà un autre.
Immersion de Ganesh(22Mo)

Notez le contraste entre le bordel de la foule et l'organisation policière, oui, on est bien en Inde. Il faut dire qu'il y a eu un (des ?) mort(s) l'année dernière, un indien a été immergé en même temps qu'une statue de Ganesh, et vu la couleur de l'eau, ils ne s'en sont même pas rendu compte sur le coup. Remarquez aussi le pédalo, dont le principal rôle est d'aider les statues à couler. Et oui, en particulier les Ganeshs en argile sont creux et flottent, jusqu'à ce qu'un policier pédale jusqu'à eux et les achèvent d'un coup de bâton.
Au passage, je ne remercie pas les piles de mon appareil photos de m'avoir laché au moment crucial.
CASL Ganesh me fait signe qu'il est prêt. Je lui dis un dernier au revoir, et le confie à un organisateur (et non, cette année, on ne peut pas immerger soi-même son idole) qui l'envoie rejoindre les siens à son tour.
On termine notre premier tour du réservoir d'eau, et on ressort dans la rue. Quand je disais que ça n'arrêtait pas. C'est de pire en pire, ça arrive dans tous les sens.
Indien portant Ganesh
À pieds, en rickshaaw, en camion, ça se bouscule de partout. Oui, c'est vraiment de la folie.
Arrivée de Ganesh en rickshaaw
Les pooja continuent sur le trottoir qui mène au réservoir, de plus en plus serrées.
Ganesh dans la foule
On décide de faire un dernier tour autour du réservoir. J'ai quand même l'impression que beaucoup d'indiens sont un peu frustrés de ne pas pouvoir immerger leur Ganesh eux-mêmes. Mais pas moyen : si on s'approche de l'eau, on est immédiatement repris par un policier. Enfin, sinon, il faudrait carrément jeter sa statue par dessus la foule.
Ahem, finalement l'idée n'est pas si stupide, un premier Ganesh finit sa courte apparition sur terre par une magnifique trajectoire parabolique, et, phénomène de foule oblige, il est suivi par une bonne dizaine d'autres, ainsi que quelques Parvatî. Quand je pense qu'André culpabilisait d'avoir jetté son Ganesh négligemment pour son premier Ganesh Festival il y a 25 ans !
Voilà, c'est fini pour le dimanche soir, mais ne vous inquiétez pas, ça continue toute la semaine ! (damned, avec le retard que j'ai, je ne vais jamais pouvoir tout raconter ...)
Ganesh, grands et petits